Bien souvent, on me fournit des documents dans lesquels les majuscules ne sont pas accentuées. Il s’agit très fréquemment des À, des É, des È ou encore des Ê.
On me demande même parfois de supprimer ces accents. C’est possible dans certains cas, à condition que le texte reste parfaitement compréhensible. Mais en typographie, la règle essentielle reste toujours la même : rien ne doit gêner, ralentir ou brouiller la lecture.
Dans Le petit manuel de composition typographique, version 2, de Muriel Paris — une véritable bible du graphiste, qui m’avait été confiée pendant mes études à l’ESAG Penninghen — un exemple très simple montre parfaitement l’importance des accents sur les majuscules :
UN POLICIER TUE
et
UN POLICIER TUÉ
Dans le premier cas, le policier tue quelqu’un.
Dans le second, le policier est tué.
L’accent change donc complètement le sens de la phrase.
De mon côté, j’aime aussi faire la différence entre :
LE JEÛNE INTERMITTENT
→ une pratique alimentaire, une diète
et
LE JEUNE INTERMITTENT
→ une personne dans la vingtaine qui travaille dans le domaine du spectacle
L’exemple est volontairement amusant, mais il montre bien que l’accent n’est pas un ornement. Il participe directement au sens.
Même chose avec le Ç, trop souvent oublié en capitale. Écrire GARCON au lieu de GARÇON n’est pas seulement une approximation graphique : c’est une faute typographique qui nuit à la justesse du mot et à la qualité du document.
En graphisme comme en typographie, il faut donc avant tout être cohérent dans l’ensemble du document, respecter la lisibilité et privilégier le sens. Les majuscules accentuées ne sont pas une coquetterie : elles font partie intégrante d’une composition typographique juste, claire et professionnelle.
